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19.03.2007

Suite de l'interview de François Bayrou dans le Nouvel Observateur le 15 Mars 2007

medium_Bayrou4.jpgQue répondez-vous à Dominique Strauss-Kahn, qui vous demande de rompre avec Sarkozy ?
- Qu'il s'émancipe de ce qu'il y a de dépassé dans son camp autant que je me suis émancipé de l'UMP, et on pourra parler... sans difficulté.

Sarkozy est en train de droitiser sa campagne, en particulier sur l'immigration. Vous le croyez prêt à une alliance avec Le Pen ?
- Non. Je pense qu'il adresse des signes appuyés aux électeurs du FN. Mais il y a des choses que l'histoire devrait nous interdire de remettre sur la table, comme de mélanger l'immigration et l'identité nationale. Et tous les républicains devraient considérer que sur ces sujets, pour conjurer les risques, ils doivent faire bloc.

Dans les blogs, on découvre que beaucoup d'enseignants disent : Bayrou, c'est formidable, car il propose une subversion conservatrice. Il va bouleverser le bocal politique, mais pour le reste il ne touchera pas à grand-chose.
- Les enseignants sont nombreux parmi vos lecteurs, et vous passez votre temps à les critiquer. Vous vous situez dans la pensée unique : les profs seraient des conservateurs, des ringards. Moi, je les défends. Les profs sont aussi généreux, aussi révolutionnaires, peut-être plus, que vous. Simplement, ils ne veulent pas qu'on leur parle mal.

Vous avez quand même la réputation d'avoir été un ministre de l'Education conservateur.
- C'est l'angle d'attaque d'une partie de la droite à laquelle se joint « le Nouvel Observateur »... Mais prenez les sondages présidentiels dans le monde éducatif : je suis très bien placé. Vous croyez que c'est uniquement parce que je n'aurais rien fait ? Les profs savent au contraire que j'ai beaucoup fait. Mais je l'ai fait avec eux, pas contre eux. Du primaire à l'université, en passant par la réforme des collèges, les stages en entreprise, le bac actuel, le semestre d'orientation à l'entrée de l'université, tout cela, nous l'avons fait dans le respect réciproque et la coresponsabilité.

Vous gérerez la France comme vous avez géré le ministère de l'Education ?
- Oui, je serai un président réformateur.

La plupart des candidats à l'élection présidentielle, aujourd'hui et hier, ont rêvé très tôt d'être président de la République. Comment est née votre propre vocation présidentielle ?

- Il faut distinguer : ma vocation politique, ou disons une certaine vocation « tribunitienne », la volonté d'être l'avocat des petits contre les pouvoirs - je l'ai eue très, très tôt. Enfant. Il circule par ailleurs une légende, dans mon village du Béarn, selon laquelle j'expliquais vouloir devenir président de la République à l'âge des dents de lait. Je n'y crois pas. En tout cas, je n'en ai aucun souvenir. Ensuite, il y a eu tout un temps où j'ai passionnément eu envie de servir quelqu'un, d'aider un de mes aînés à devenir président.

Vous étiez alors trop jeune pour être candidat...
- Non, ça m'aurait très bien été de simplement « aider ». Par exemple, aussi étrange que cela puisse paraître aujourd'hui en raison de son engagement derrière Sarkozy, j'ai longtemps rêvé que Simone Veil soit la première présidente de la République française.

Vous avez eu une jeunesse humiliée, qui expliquerait la précocité de votre vocation politique ?
- Non, j'ai eu une jeunesse heureuse. Mais très tôt, sans doute à cause de la situation de mes parents, j'ai eu le sentiment d'appartenir à la classe des sans-pouvoir. Très tôt, j'ai eu le sentiment d'une lutte de classe, plus exactement, de l'écrasement d'une classe par une autre. Je l'ai dit dans un livre récent, j'ai eu très tôt le sentiment qu'il y avait un tiers état, dont tout le monde se foutait.

Alors pourquoi ce long compagnonnage avec la droite ?
- Parce qu'il y avait le mur de Berlin. Une grande question s'est posée dans la seconde moitié du xxe siècle : acceptait-on ou refusait-on le totalitarisme soviétique ? Moi, je l'ai refusé, à cause notamment de la lecture de Soljenitsyne. Alors le Printemps de Prague et, plus tard, l'irruption de Solidarnosc, en Pologne, m'ont fasciné. J'ai aimé les leaders de ces épopées. Je le dis souvent à Bronislaw Geremek, avec qui j'ai noué depuis lors un compagnonnage : tu ne peux pas imaginer l'importance que vous, les dissidents, avez eue dans ma vie.

C'est le communisme qui vous a rejeté dans les bras de la droite ?

- Jamais dans les bras. Avec le RPR, j'ai toujours été dans la confrontation. Mais pendant longtemps j'ai subi la loi des alliances électorales. Pour en sortir, il fallait une élection présidentielle. Et il fallait que les temps changent.

Aujourd'hui, vous semblez préférer, si vous vous qualifiez, affronter Sarkozy plutôt que Royal au second tour de la présidentielle. Est-ce que cela veut dire que vous vous sentez désormais plus proche de la gauche que de la droite ?
- Je pense qu'il y a une confrontation nette de projet de société entre Nicolas Sarkozy et moi. Alors qu'il n'y a pas cette confrontation entre Ségolène Royal et moi, ne serait-ce que parce que je ne perçois pas son projet de société. Je me situe clairement du côté de la défense des valeurs républicaines, tout en prenant en compte les impératifs économiques.

En même temps, si vous vous retrouvez face à Ségolène Royal au second tour, vous dealerez avec Sarkozy et l'UMP.

- Vous me permettrez, dans ce cas aussi, de gérer le second tour comme je l'entends. Je n'ai pas du tout l'intention de retomber dans les vieux schémas.

 
Propos recueillis par François Bazin, Guillaume Malaurie et Hervé Algalarrondo

Nouvel Observateur

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